Hier soir je suis rentrée de la fête de la musique avec le dernier métro. Je savais pas trop quel métro je devais prendre parce que je prend que très rarement le métro, j’aime
pas ça c’est comme un sous-marin mais sans la mer. Et puis j’aime bien avoir le ciel au dessus de la tête, ça me remet à ma place de petite créature insignifiante alors qu’il est beaucoup plus
simple de devenir mégalo dans le métro.
Ce soir là j’avais décidé de me la raconter alors j’avais sorti mes ballerines qui croupissaient depuis un an dans un placard. J’avais omis qu’elles faisaient des ampoules à
tous les angles que peuvent présenter un pied. Du coup je douillais ma race, j’avais même pas dansé alors que j’en crevais d’envie. Je regardai les gens et c’est nul de regarder les gens juste
parce que tu ne peux rien faire d’autre.
Le métro annonce l’arrêt Charpennes. Je sais que j’ai une correspondance par là pour arriver pas loin de la maison. Elle arrive dans une demi-heure. Fucking shit. Ouais… mais
je vais pas me laisser faire, ni par le tram, ni par le temps, ni par la non-synchronisation de l’un et de l’autre ; l’ivresse aidant je me dis que je vais les prendre de vitesse même si je
ne sais absolument pas où je suis.
Je fais 100 mètres. J’ai mal aux pieds. Mais une meuf qui ne se laisse pas faire par le temps ne se laisse pas non plus faire par des petits soucis matériels tels que des
ampoules aux pieds. Elle prend les devant, enfourne les chaussures dans son sac et se retrouve pied nus sur l’asphalte chaud en priant pour arriver à repérer les merdes de chien qu’elle sera
amenée à croiser. Ça y est, malgré l’infini galactique qui plane au dessus de moi, je me crois que je peux tout gagner, je suis mégalomane, je suis pied nu dans une grande avenue vide et je ne
sais pas dans combien de temps je serais chez moi. Mais je crois que chez moi c’est tout droit alors j’y vais parce qu’I believe I can fly.
Je passe devant un bar où tous dansent comme des gens bourrés. Je marche sur un mégot absolument pas écrasé ; j’ai le choix : hurler ma douleur ou continuer dignement
en ignorant royalement le gars qui se dandine devant moi et qui se croit sexy. Deuxième option : même pas mal, je suis complètement ronde et je vous emmerde.
Je me repère en suivant vaguement mon intuition, quelques indices spatio-temporel, toujours très confiante en ma grande capacité de survie et pour une fois j’ai eu raison.
Seuls mes pieds me contredisent ce soir, encore noirs de la pourriture du sol que je n’ai pas réussi à enlever, couverts de pansements Winny L’ourson, avec un joli cercle rouge sur une des deux
plantes pour me rappeler que je ne suis qu’un être humain.