Mercredi 31 octobre 2007

Dimanche matin, à l’inverse du reste du monde qui pionce ce jour là, je dois me lever avec un réveil.  Sauf que je l’ai pas entendu. 10h53.  J’ouvre l’œil. Et merde, je dois être partie de la maison à 11h. Je prends une minute pour savoir ce que je n’ai pas le temps de faire. Adieu petit déj’. Adieu café. Adieu douche. Adieu choix du livre du jour. Si je met de la musique d’hyperactif et avec de la chance je pourrais sortir de chez moi habillée et avec assez de déo pour masquer l’odeur au moins le temps du trajet. Je fonce sur l’ordinateur mettre la playlist que j’ai joyeusement nommée « réveille les morts ». Sur le pc je jette un œil sur l’heure histoire de me conforter dans l’idée que ma minute de réflexion en a bien pris trois. 9h56. Hum ? Je regarde le réveil. 10h56. Mais que se passe-t-il ? Pourquoi m’en veut-on ? Qui ose me forcer à réfléchir comme ça, au réveil, sans préliminaire ni aucun signe de bonnes intentions préalables ? Bouhouuhouu. Pendant que j’essaye de penser, j’essaye aussi de mettre un pantalon en faisant la chandelle sur mon lit, tout en me lavant les dents de la main droite, tandis que la gauche tente de me désodoriser sans atteindre mon œil. Puis j’essaye aussi de réfléchir à ce qui est indispensable à ma journée de travail, le badge, l’uniforme, mais où sont mes clés ? Est-il nécessaire d’ouvrir les volets ? Dégage le chat ! Au secours.  Le réveil se rallume. « Il est 10h sur France infos ». Mes informations visuelles et auditives divergent. Je suis à deux doigts de me suicider en me faisant harakiri avec ma brosse à dents.
Lorsque…
 « N’oubliez pas cette nuit nous avons changé d’heure ».  HOURA ! Je renais, je revis, cette phrase a eu sur moi l’effet d’un massage relaxant d’une heure. Et aux huiles essentielles s’il vous plait. Bonjour petit déjeuner magique. Holà café tout chaud. Gutten Tag ma jolie douche. Hello choix du livre qui égaillera ma journée. Tout ça pendant que les gens organisés qui avaient prévu le coup prennent un petit déjeuner dont ils auront oublié la saveur le soir même. Bienheureux les désordonnés  aptes à se laisser surprendre par toute chose, aurait du dire un saint.

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Mercredi 31 octobre 2007

Debout à la bourre. Galère d’organisation. Le résultat ne se fait guère attendre : je loupe mon train. Je veux aller à une borne changer mon billet tant qu’il en est encore temps. 13.50 euros à payer. Ça aurait pu être pire. Farfouillage de poche. La carte bleue est pas là. Et je sais que ça, c’est le début des emmerdes. Je croise une meuf avec qui j’ai bossé cet été dans la gare. Elle prend sa pause. Elle me dit que j’ai l’air fatigué. Oui je le suis, j’ai loupé mon train et un pote a fait une rechute, son cancer est reparti pour un tour et d’autres trucs que je te dirais bien mais là j’ai pas le temps de vider mon sac j’ai qu’une heure pour mettre la main sur ma carte bleue et puis en plus tu t’en tamponnes les flumules. J’arrive à retrouver tout les moyens de paiement qu’on m’a octroyés. « paiement refusé ». Ah. On va au guichet alors. J’arrive devant le vendeur : 9h27. Mon train partait à 8h25. Je l’ai dans le cul. Le désespoir me gagne et ça se voit. Je crois que le vendeur compatit parce que j’ai l’air de porter le poids du monde dans mon petit sac en synthétique verni. Geste commercial. Merci c’est cool monsieur, j’apprécie vous savez. Je sors fumer des clopes en attendant le train qui ne  part que dans une heure. Bonjour je m’appelle Jimmy, je suis croate et je vends un magazine moche pour essayer de m’en sortir. Désolée Jimmy, dans l’état actuel des choses je peux juste te filer des clopes. J’ai vraiment pas envie de faire partie du reste du monde qui te fout des vents mais je crois qu’il va falloir faire avec. Une fille arrive. Elle a le crâne rasé et des grosses chaussures qui lui donnent une allure militaire. Mais son haut est trop court et le monde pèse sur son ventre qui à mon avis, ne tiendra plus longtemps. Elle veut une clope. Tiens. Elle me parle. Je comprends rien elle parle trop vite mais j’essaye d’écouter. Je lui réponds un peu mais je sais qu’elle et moi on a parfaitement conscience d’être en train de s’adresser mutuellement à des murs. De son côté plus Jimmy se prend des vents, des « non merci » plus ou moins polis, moins le poids de son sac à dos semble tolérable. Un autre veut me vendre des petits cœurs pour les sans-abris. Ba, comme je disais à Jimmy, j’ai que dalle.  Ah, tiens, 15 centimes au fond de ma poche.  Non, garde ton cœur, il vaut surement plus que 15 centimes, t’auras qu’à y ajouter un euro et tu te paieras le café. Ou autre chose mais je veux pas savoir quoi. Puis un autre type sans nom me demande une cigarette juste en la mimant tellement il rame. Tiens. Mais je suis une putain d’éponge et tout ces gens alourdissent mon petit sac qui ne va pas tarder à flancher. Et dans la tête j’ai une chanson qui dit que « moi je vis chez Amélie Poulain, le pays où tout va bien ». Je veux mettre la tête dans un bouquin et disparaître dedans mais j’ai que Kerouac et Bukowski et je sais pertinemment que si j’ouvre l’un des deux je me jetterai sous le train qui doit me ramener chez moi. Je vais à la librairie de la gare sans fric mais avec l’espoir de l’illumination. Je trouve les Coloriés. Je l’enfourne dans mon sac en baissant la tête, espérant qu’aucune sonnerie stridente ne précèdera ma sortie. Dix minutes plus tard je suis dans mon TGV sur mon strapontin la tronche dans un livre qui me servira provisoirement d’arbre à masquer la foret.

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Vendredi 26 octobre 2007
Hier soir, dépitée que j'étais d'avoir cramé mon gateau, je végétais, avachie dans mon canapé avec le chat. Je regardais Tracks, une émission géniale qui parle un peu de tout les trucs dingues qui se passent dans le merveilleux petit monde de la culture. Et j'ai vu ça; l'incroyable histoire d'un mafieux cul-de-jatte repentis. Par le réalisateur de Fliper le dauphin.
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Mercredi 24 octobre 2007
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Dans la vraie vie j'ai des jambes de gazelle et on voit pas la repousse du poil. C'est juste pour entretenir le mythe.
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Mardi 23 octobre 2007
Prenez deux potes, des complexes, du second degré et des posca, c'est magique.







[Edit: "si ça se trouve on serait belles on se ferait chier" Merci Claire Bretecher]

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Mardi 23 octobre 2007

Je rentre chez moi. Je commence par câliner mon chat qui ronronne et se frotte aux chevilles de ma petite personne. Puis j'enlève mon gros manteau qui tient pas assez chaud à mon goût et mon écharpe de dix kilomètres de long parce qu'à mon âge on est frileux. J'enfouis mes pieds emmitouflés dans des chaussettes de laine dans de superbes charentaises roses fuchsias. Le chat ronronne toujours. Moi aussi je suis contente de te voir le chat. Je mets l'eau à bouillir, prépare l'inlassable tasse et l'eternel sachet de thé, tout en remplissant méthodiquement la gamelle de mister minou. Toujours dans cet ordre. Et toujours l'eau sur le thé, jamais l'inverse m'a-t-on appris. Je préroule ma cigarette puisque je ne suis pas encore morte de mon inévitable cancer. Puis je m'assoie avec politesse dans mon canapé, sans brusquer mon dos meurtri, bien que je sache pertinemment que dans dix minutes mes fesses seront sur le même plan horizontal que mon coup. Quand je me relèverai, ça fera crack-crack dans tout les sens. Je lance un épisode d'un manga moyen mais qui ne demanderait aucun effort intellectuel à un ragondin autiste. Le chat tourne autour de moi et s'éclate comme un jeune fou qu'il est à me mordiller le petit doigt. Je le laisse faire puisqu'il est le seul être animé qui daigne me témoigner son affection, aussi douloureuse soit-elle. Je m'extrais de devant la télé, ayant accompli dans les règles de l'art le rituel du triple T (télé- thé- tues toi les poumons). Je vais écouter de la musique. Une reprise de Léo Férré (Thank you Satan repris par Dionysos, un genre de révélation pour le tympan), une petite dose de Led Zep et puis la symphonie du nouveau monde puisque j'ai enfin réussi à remettre la main dessus. Je lis un peu sur mon lit, un vieux livre réédité dont les pages s'avèrent particulièrement agréables à tourner. Je sais pas ce que je préfère. Les pages tournées sur mon lit ou bien le héro sourd que je me représente comme une espèce de dieu. Après, je travaillerai mes classiques littéraires jusqu'à en avoir envie de vomir, enfilerai une polaire qui me sert de repoussoir à êtres humains, et peut-être même des chaussettes pour pousser le vice, me glisserai sous la couette, recommencerai à caresser des pages et à observer un sourd inexistant. Quand mes yeux deviendront acides j'éteindrai la lumière, règlerai mon radio réveil, et partirai à la recherche d'un sommeil incertain. Mon train de vie de petite vieille à un goût de pate d'amande.

par souen publié dans : nimp
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Dimanche 21 octobre 2007
    

  D'habitude, au taff, j'ai une super méthode d'évaluation du temps qui passe. En moyenne je mets une minute pour lire une page, donc quand j'arrive vers la page soixante de mon bouquin, et selon ma théorie géniale, une heure a du passer. Sauf qu'aujourd'hui, lorsque j'atteins péniblement la page 67, près de deux heures se sont écoulées. Je rame totalement. Encore plus que d'habitude je veux dire.
    Mais l'avantage de cet état, de ces lendemains de fêtes tyranniques où tu te retrouves au boulot, au lieu de végéter tranquillement dans ton lit avec pour seule préoccupation de savoir s'il est indispensable de se lever pour aller chercher un doliprane ou si en fait, ce mal de tête c'est du pipi de chat, l'avantage de cet état disais-je donc, c'est qu'il annule totalement l'option "censure des idées à la con" inclue à la livraison de votre cerveau. C'est pour ça que je galère, parce que chaque mot me renvoie vers cinquante autres mots, que je digresse à tours de bras, que plus rien n'a de sens et que la logique c'est tirée dans la Creuse tellement elle a eu peur. Pauvre logique, La Creuse c'est quand même pas ce qu'il y a de plus folichon comme endroit.
    Je me demande dans cette grande salle blanche, ce que ça donnerait si j'étais nue et imberbe. Peut-être que je deviendrais invisible et qu'un mythe se construirait petit à petit autour du fantôme de l'institut d'art contemporain.
    La légende dirait que seules sont perceptibles ses lèvres gercées devenues prunes à force d'avoir été trempées dans du mauvais vin rouge et que si l'on est très attentif, dans l'ombre des fins de journées, on pourra peut-être percevoir la blessure qui a eu raison d'elle: le fantôme de l'I.A.C., avant de devenir le spectre que nous connaissons tous, se serait battue avec force et virulence contre un homme déguisé en femme particulièrement vulgaire. Tandis que notre défunte héroïne tentait d'émasculer son adversaire en tirant vaillamment sur son string, celui-ci la flagellait avec un vibromasseur, une arme de mécréant, vous en conviendrez. La chute fut inévitable et malgré le violent coup de tatane que l'adversaire transsexuel reçu sur le pied, le tibia gauche de notre futur poltergeist fut atteint. Ce fut au moment où une troisième rotule commença à émerger qu'elle remarqua qu'elle avait été touchée.
    Elle ne s'en inquiéta pas immédiatement car elle était occupée à faire des bulles avec du liquide vaisselle, en écoutant un chœur de ukulélé, de kazou et de voix de gitane qui chantait "somewhere over the rainbow", l'une des chansons les plus émotionnantes de son existence: en effet, durant toute sa courte vie, l'héroïne de notre légendaire épopée fit correspondre cette chanson à l'instant magique où le preux ketchoupy lui offrit son premier bateau piwate. Emerveillement totale et oublie de la douleur.
    Lorsque, à 6h du matin elle tenta de poursuivre le tramway qui devait la ramener vers les voluptueux bras de Morphée, la souffrance revint à la charge. L'histoire nous raconte qu'elle douilla sévèrement pendant sa course car elle pensait, à l'instar du commun des mortels, qu'un bleu aussi imposant soit-il, ne fait mal que si quelqu'un de bien intentionné appuie dessus. Sache, toi qui lit avec avidité cette aventure, que s'il y a une morale à en tirer ce sera celle-ci: un bleu de la taille de la main de Sébastien Chabal, c'est douloureux, même si tu reste allongé et que tu as mis des glaçons dessus.
Depuis cette défaite, sa seule préoccupation fut de regarder s'épanouir la fleur douloureuse qui grandissait et semblait ne jamais vouloir arrêter sa course. C'est ainsi qu'elle se mit à décrépir pour devenir le fantôme de l'I.A.C.
    Si tu te fies à mes paroles, petit scarabée, tu sauras qu'il n'existe qu'un seul moyen pour faire revenir la guerrière dans notre monde. Commence par dégainer un tube d'arnica, la crème magique à l'odeur reconnaissable entre toutes, qui guérit tout les bobos d'ici et de l'haut delà, parce que si ça sent si fort, c'est forcément que c'est un genre d'onguent de sorcière, donc son efficacité n'est pas à prouver. CQFD. Si cela s'avère insuffisant, attire là grâce à l'homéoplasmine qui soulagera sa bouche meurtrie. Si elle ne vient toujours pas à toi tu pourras te servir de biafine, ça sert en l'occurrence à rien, mais elle aime bien l'odeur.



Cet article a été réalisé avec le soutien de Label 5, et grâce à l'absence de Word, correcteur ortographique magique, et de Doki, consultant médical qui a pas que ça à foutre non plus, il a des photos à trier.
par souen publié dans : nimp
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