Aujourd'hui j'ai mis une jupe. Une chose qui arrive à quelques milliers de personnes par jour. Sauf que j'ai compris un truc. Pour un primate qui conduit une camionnette, la jupe a une toute autre signification que celle d'un vêtement. Si elle remonte au dessus du genou la jupe devient une chatte potentielle. Et peut importe à qui elle appartient. A la bonasse du coin, à une minette de quatorze ans qui a voulu se la péter gentiment, à un boudin quelconque de type Souen. Ca a une jupe, donc ça a une chatte. Une chatte est une chatte et comme dirait quelqu'un, dont je tairai le nom par pudeur, "la bite est aveugle". Pour certains cependant, elle a beau être aveugle, elle a oubliée d'être muette. Elle s'exprime généralement par un disgracieux sifflement où par un "il fait chaud aujourd'hui" censé être lourd de sens, qui au final, n'est que lourd.
Aujourd'hui donc, ma chatte, ma jupe et moi on se promenait parce qu'on avait envie, qu'en plus il fallait qu'on aille échanger un lecteur mp3 parce qu'on pensait qu'on l'avait pété. On en était même sûres à vrai dire. Toutes trois donc, respectivement de poils, de faux velours et de jupe vêtues nous montâmes dans le bus. Bien assise nous observions le paysage qui était toujours le même, sauf pour ma chatte qui évidemment prenait l'air ce jour-ci. Nous n'écoutions point les conversations alentours jusqu'au moment où nous commençâmes à le faire, lassées de la géographie monocorde. Ils sont juste derrière nous. Un homme et une femme. Ils sont en couple depuis deux ans apparemment. Enfin leur anniversaire c'est le 9 septembre. On ne sait pas quelle tronche ils ont, on ne les avait pas remarqués jusqu'à lors. Lui il parle lentement. Le genre de type à faire de l'hypotension probablement parce que plus il parle, plus j'imagine son visage se ramollir et s'affaisser tel un chamalow sur un grill. Elle je sais pas trop de quoi elle pourrait avoir l'air. Elle parle de shopping, alors je me dis qu'elle doit être toute pouponnée avec un le surplus de fond de teint habituel des filles qui se font belles. Mais ma chatte, ma jupe et moi, on ne se retourne pas, notre image mentale étant bien plus rigolote que ne doit être la réalité vraie.
LUI: tu connais le scorpion?
silence
LUI: tu connais le scorpion?
silence
LUI: tu connais le scorpion? répète-t-il avec toute l'insistance que lui permet sa faible tension artérielle.
silence
LUI: tu connais le scorpion?
ELLE: le signe astrologique? ah, enfin une réponse, qui a un je ne sais quoi qui nous confirme la couche de fond de teint et nous donne un indice sur la couleur des cheveux.
LUI, éludant la réponse: tu sais combien il a d'yeux? (prononcer: "il a de illeux" et non "il a deuil" ou bien encore "il a dieu")
ELLE: il a des yeux?
LUI: plus que douze et moins que quinze, devine combien! là il est très enthousiaste.
ELLE, après un petit temps de réflexion: treize?
LUI: non.
temps de réflexion
temps de réflexion
temps de réflexion
temps de réflexion
ELLE: quatorze?
LUI: non
ELLE: mais tu m'as dis plus que douze et moins que quinze, s'étonne-t-elle.
LUI, ne relevant pas la remarque: il a douze yeux (toujours illeux), s'esclaffe-t-il, dans la mesure de ses possibilité évidemment, tout fier de son savoir très savant.
ELLE, pragmatique: mais pourquoi tu m'as posé cette question?
Silence.
Ma chatte ma jupe et moi, on se marre bien parce qu'on a rarement entendu d'aussi savoureuses conversations, du coup on se demande si on va rendre le lecteur mp3 parce que si on écoute de la musique on pourra plus les entendre. En sortant on a croisé pour la troisième fois le sosie, version anorexique et/ou héroïnomane de Mike Jagger. Quand môman était venue, on l'avait déjà croisé dans le bus, à l'aller, et au retour, en se posant la question existentielle suivante: "est-ce un homme ou une femme?". La pluie n'aura donc pas aidée à élucider ce mystère très mystérieux.
Par ailleurs, ma chatte, ma jupe et moi nous excusons pour la lourdeur narrative de cet aperçu d'après midi, mais il fallait bien exprimer d'une manière où d'un autre la pesanteur régnant sur une pauvre fille qui a juste voulu se la péter en espérant récolter tout au plus trois regards en coin et non une flopée de compliments vulgos qui l'on poussée à devenir tout aussi vulgaire en présence d'enfants. Avis aux bites bruyante: par pitié fermez-la et faite un petit coup trempette dans des glaçons, ça sera peut-être douloureux pour vous, mais très soulageant pour moi et les enfants qui ont appris aujourd'hui l'expression "connard de tête de gland".