Dimanche 22 juin 2008


 

    Hier soir je suis rentrée de la fête de la musique avec le dernier métro. Je savais pas trop quel métro je devais prendre parce que je prend que très rarement le métro, j’aime pas ça c’est comme un sous-marin mais sans la mer. Et puis j’aime bien avoir le ciel au dessus de la tête, ça me remet à ma place de petite créature insignifiante alors qu’il est beaucoup plus simple de devenir mégalo dans le métro.
    Ce soir là j’avais décidé de me la raconter alors j’avais sorti mes ballerines qui croupissaient depuis un an dans un placard. J’avais omis qu’elles faisaient des ampoules à tous les angles que peuvent présenter un pied. Du coup je douillais ma race, j’avais même pas dansé alors que j’en crevais d’envie. Je regardai les gens et c’est nul de regarder les gens juste parce que tu ne peux rien faire d’autre.
    Le métro annonce l’arrêt Charpennes. Je sais que j’ai une correspondance par là pour arriver pas loin de la maison. Elle arrive dans une demi-heure. Fucking shit. Ouais… mais je vais pas me laisser faire, ni par le tram, ni par le temps, ni par la non-synchronisation de l’un et de l’autre ; l’ivresse aidant je me dis que je vais les prendre de vitesse même si je ne sais absolument pas où je suis.
    Je fais 100 mètres. J’ai mal aux pieds. Mais une meuf qui ne se laisse pas faire par le temps ne se laisse pas non plus faire par des petits soucis matériels tels que des ampoules aux pieds. Elle prend les devant, enfourne les chaussures dans son sac et se retrouve pied nus sur l’asphalte chaud en priant pour arriver à repérer les merdes de chien qu’elle sera amenée à croiser. Ça y est, malgré l’infini galactique qui plane au dessus de moi, je me crois que je peux tout gagner, je suis mégalomane, je suis pied nu dans une grande avenue vide et je ne sais pas dans combien de temps je serais chez moi. Mais je crois que chez moi c’est tout droit alors j’y vais parce qu’I believe I can fly.
    Je passe devant un bar où tous dansent comme des gens bourrés. Je marche sur un mégot absolument pas écrasé ; j’ai le choix : hurler ma douleur ou continuer dignement en ignorant royalement le gars qui se dandine devant moi et qui se croit sexy. Deuxième option : même pas mal, je suis complètement ronde et je vous emmerde.
    Je me repère en suivant vaguement mon intuition, quelques indices spatio-temporel, toujours très confiante en ma grande capacité de survie et pour une fois j’ai eu raison. Seuls mes pieds me contredisent ce soir, encore noirs de la pourriture du sol que je n’ai pas réussi à enlever, couverts de pansements Winny L’ourson, avec un joli cercle rouge sur une des deux plantes pour me rappeler que je ne suis qu’un être humain.

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Mardi 17 juin 2008
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Pour ceux qui croient rêver, il s'agit bien de notre Eve Angeli nationale qui minaude à côté du gros titre. Mais comme on dit, on a les "artistes" qu'on mérite hein.
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Lundi 16 juin 2008

    Les enfants j’ai inventé un nouveau concept fumeux. Je vous le livre parce que je sais que vous aimez ça. Vous êtes pas 29 à venir me voir tout les jours pour entendre parler de la vie sexuelle des anémones. Quoique si vous voulez tout savoir, elles crachent leur sperme dans l’eau, au nez de tout les poissons, comme ça freedom for ze sperm, en priant pour que leurs nageurs croisent un jour des petits œufs. Sauf que les poissons ils trouvent ça super bon et ils bouffent le sperme des anémones parce c’est bon pour leur poil. Renaud aurait du écrire « la mer c’est dégeulasse y a des poissons qui bouffent du sperme dedans ». Mais ça fait pas un alexandrin. Mais Renaud écrit-t-il seulement en alexandrins ?
    Vous voilà informé au cas où vous veniez ici lire du porno aquatique. Sinon mon concept génial. Parce que ce soir je me sentais seule. Ça arrive au meilleurs d’entre nous ne nous leurrons pas. J’avais envie de raconter des trucs à quelqu’un en fumant des clopes, lui donner à voir les humiliations, les hontes, les quêtes métaphysiques et les angoisses insomnisantes. Mais ça casse les couilles à tout le monde d’écouter ce genre de niaiseries on le sait bien. On c’est tous retrouvé un jour face à un Pierre-François ou à une Jeanne-Cécile qui nous racontait le traumatisme du divorce parental et on a tous prié à ce moment là pour un incendie dans l’immeuble. Et en plus ce soir je n’avais que moi sous la main pour geindre.
    Moi versus moi-même. Ça pète plus en anglais de dire ça : « me vs my self ». Moins de répétition vous comprenez.
    Donc, fort peu adepte des journaux intimes et ne pouvant fréquenter plus de dix minutes 90% de l’humanité, je me suis demandé « qu’est ce que tu fais ma fille maintenant ». Ba j’ai pris un pinceau, des crayons et des feutres, pas pour faire un joli dessin, ça je sais plus faire et en plus j’ai lâché lâchement l’affaire. Notez l’assonance. Ou l’allitération je sais plus. Tout ça pour en venir au concept : avoir une conversation palpitante avec soi-même sur papier. Je vous conseille. En général soi-même répond à soi-même (ça sonne définitivement mieux en anglais) ce qu’il a envie d’entendre et a une conversation des plus passionnantes. Je vous le conseille vivement, même si cette invention géniale est bien entendu copyrighté « souen » depuis maintenant.


 

 

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Samedi 14 juin 2008

Il n’y a pas si longtemps que ça, enfin si il y a au moins six mois mais à l’échelle de la planète ça fait à peine une nanoseconde, je lisais un article qui disait que merde, la chatte ne sentait plus la chatte. Elle sentait la rose et la lingette désinfectante et moi je dis que bientôt on gouttera du foutre au nutella. Voilà, la merde n’a plus l’odeur de la merde parce qu’on est tous suraseptisés et qu’on ose même plus devenir alcoolo alors qu’on aurait de sacrées bonnes raisons de le faire. Maintenant il faut perdre sa mère pour oser prétendre à la prise d’homéopathie. Alors qu’avec un minimum d’empathie mélangée à une bonne dose de JT il y a franchement de quoi ouvrir le gaz. Dommage tout mon appart’ tourne à l’électricité. En me foutant la tête dans le four je serais à peine défigurée. Trop facile de se plaindre après. Alors on fait comment pour geindre sur son propre sort après hein ? Quand on savait pas tout ce qu’il y avait ailleurs, quand on avait pas ces foutus écrans et qu’en plus on en avait rien à péter on pouvait se tourner facilement vers sa petite personne et chialer sur cette putain de vie de merde qui est quand même sacrément envahissante au quotidien. Voilà, la vie c’est envahissant et quand le reste du monde en rajoute une couche ça aide franchement pas. Surtout quand le reste du monde transite par un petit écran qui rend les cadavres aussi bienodorant que nos foufoune fraiches. On s’enlise dans la merde et on veut nous faire croire qu’il ne s’agit que d’une plage de sable fin. Mes couilles sur ton front oui, je préfère encore me rouler dans la litière pas changée de mon chat. Et ma vie est d’une rare banalité, au milieu d’un reste du monde somme toute assez terrifiant. Ce qui à l’air de rien comme ça, sauf quand on se dit qu’on mériterait mieux quand même. Je mériterais cent fois mieux. Parce qu’outre me considérer comme la dernière des sous-merdes, je crois aussi que je ferais une reine de la planète géniale. Et une potentielle reine de la planète ça mérite pas ça. Ça mérite d’avoir quelque chose d’autre qu’une sombre histoire de capote à se mettre sous la dent ; ça mérite d’avoir vécu ce que personne d’autre ne pourrais jamais imaginer pouvoir vivre ; ça mérite de pouvoir prendre l’humanité à bras le corps et de lui foutre une pair de claques au lieu de ne trouver que ses contemporains pour bouc-émissaire ; ça mérite un bouc digne de ce nom. Ne pas avoir de bouc c’est terrible. Avoir la terre entière pour bouc c’est beaucoup trop.

Le héros de L’Angoisse du roi Salomon s’était porté volontaire. Un bouc volontaire. Il disait de son concierge qu’il lui fallait quelqu'un de personnel à détester, parce que sans ça, c'était le monde entier et c'était trop grand. Il avait raison, c’est sacrément trop grand.

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Vendredi 13 juin 2008

Il est 23h sur la terre. Enfin hier il était 23h à un moment donné. Et j’étais chez moi à attendre, en jupe et en chaussettes de ski, parce que si tu portes qu’une jupe tu te pèle le cul et tant pis pour le côté glamour, merci les chaussettes de ski. Tu commences à trépigner d’impatience, parce qu’ils sont gentils les gens, mais ils se lèvent pas à 5h du matin eux, et toi tu sens bien dans tes yeux qui picotent et dans tes jambes qui flagellent que tu piquerais volontiers un petit roupillon. Et les gens n’arrivent toujours pas. Là tu te demande si ces cons se sont pas calés devant le foot avant de se pointer chez toi, ou pris une pute en chemin, ou eu un accident dramatique parce qu’ils n’avaient pas vu arriver ce con de poney qui traversait en dehors des clous. Tu te dis que tu mangerais bien un bon morceau de roquefort sans te laver les dents après, juste pour te venger. Finalement ça sonne. 23h30. Et du coup tu te coucheras pas avant 2h du matin. Et tu te lèveras quand même à 5h. Et tu iras travailler en rêvant à des tonnes de guronsan. En arrivant au taf tu te rendras compte que tu vas pas bosser avec le type qui te dragouille gentiment à longueur de journée et que tu dragouilles aussi parce que ça te fais bien rigoler tout ça. A la place il y aura le fan de foot qui a un nom à particule et que tu ne peux pas blairer. Mais ce qui est cool c’est que pile au moment où il partira en pause tu serviras Clara Morgane et tu pourras lui foutre les boules. Tu entendras des conversations horribles de deux trentenaires, jeunes cadres tyranniques en costars, qui racontent qu’ils sont en couple juste à cause d’une histoire d’appart’ à Saint Raphaël ou de paires de seins comme des obus. Tu verras un sac à dos gigantesque qui pourrait bien transporter les corps inanimés de deux hommes et tu essaieras d’oublier de te demander ce que tu fous là. Après tu rentreras et tu pionceras en espérant te réveiller pour 16h ou 17h,  mais quand tu ouvriras enfin l’œil il sera 19h30 et tu pourras pas aller à la pharmacie pour poser une question sur la conservation de ton intégrité physique. Et puisqu’il sera tard tu seras pas allée aux courses et tu boufferas de la merde. Puis tu coucheras toute ces histoires inutiles sous word et tu te demanderas ce que tu peux bien faire après ça pour ne pas avoir l’impression d’avoir perdu ta journée.

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Lundi 9 juin 2008

Des potes à moi, que j’aime profondément du fond de ce qu’il me reste de cœur atrophié  sont venus squatter chez moi ce week-end. Des gens qui ne se connaissaient absolument pas, qui sont fondamentalement et humainement aux antipodes les uns des autres et qui se sont retrouvé ensemble à décoller des étiquette de kro pour les coller sur ma table en fumant des clopes et en refaisant le monde, avec le même enthousiasme imbibé. De la bière, des sushis, un vernissage, un enterrement de vie de garçon, des fraises tagadas, dofus, un chat trisomique, des pancakes, des problèmes de clé, du niquage de forfait, du vomi, des chansons mal chantées, des vis récalcitrantes, des réveils douloureux, de la falsification d’ordonnance pour faire péter le taf, des bites en pixel, des bites en argile, des bites en canette de bière, bohémian rapsody, du air guitare, du saké, du harcèlement, des assiettes bob l’éponge, une perruque, de la quiche et tous ce que j’oublie mais en fait, les inventaires de ce qui s’est passé on s’en cogne. Ce qui compte c’est ce qu’il en reste.
Et il en reste un sensation de flottement, quelque part entre un bouquet de pâquerettes qui a un arrière goût de Ben Harper et un dimanches post coïtal ou ton sourire jouasse ne saurait quitter ton faciès guilleret, lui-même posé sur ton corps déambulant sans but, mais qui n’en a pas franchement besoin.

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Jeudi 5 juin 2008

 





Comme certain l’auront compris, parce certains sont très perspicaces, d’autres moins donc je verbalise la situation pour éclairer le cerveau des moins bien lotis de mes lecteurs, en ce moment j’ai autre chose à foutre que de cracher sur l’humanité et de vous le faire partager. En effet je me suis remis à gagner ma vie honnêtement et à arrêter de vivre au crochet de l’état qui veux bien me filer un peu de pognon pour que je ne bouffe pas que du riz dans ma life. Grâce à l’état je bouffe aussi des pates et de la purée. Merci l’état. Mais là c’est bientôt l’été et l’état considère que le soleil estival doit être suffisant pour nourrir l’étudiant. Sauf que dans l’histoire il oublie que l’étudiante, la femelle de l’étudiant, espère pouvoir se faire épiler le maillot par un professionnel pour avoir quelque chose de suffisamment attractif à offrir afin d’accomplir l’unique coït annuel qu’elle est en droit de réclamer.  Etudiante de mon état, j’étais dans la mouise. J’étais dans le poil. Je sombrais. Alors j’ai fait comme tout le monde, ou comme tous ceux qui sont issu d’une famille monoparentale financièrement bancale. Ou cancéreuse et payée à mi-traitement par la sécurité sociale. Parce que le cancer, c’est bien connu, c’est une maladie de courte durée. Un peu comme la grippe. Donc si tu poses ton cul plus d'un mois pour survivre c'est vraiment que tu chipote. Une semaine de repos et c’est reparti comme en 40, c’est un fait établi scientifiquement.
    Pour remplir le frigo avec quelque chose de plus consistant que du vide, j’aurais bien aimé vivre de mon art, mais tout ce que je produis en ce moment est évacué par une chasse d’eau. Alors bon, quelque CV plus tard, je me retrouve à demander à tout un tas de connard qui ne sont pas prévoyant quand ils vont prendre le train s’ils veulent une boisson pour accompagner leur sandouiche dégeulasse qui leur coute déjà un rein. Joie. Allégresse quand tu nous tiens. Mais bon grâce à toi, abruti qui veux bien payer de la merde au prix de l’or je vais enfin avoir une founette décente. Ou sinon je m’inscrirai à un site de rencontre qui s’appellera mort-aux-imberbes.com.  

 

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