Lundi 18 juin 2007

"_ j'ai un plan: boucher tous les égouts. comme ça, la ville va s'enfoncer dans le caca" (Bukowski)

avis aux amateurs

par souen publié dans : nimp
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Lundi 18 juin 2007

Je suis encore à une terrasse de café. Je me regarde le nombril. Il n’y a rien d’autre à voir. Un bac à fleur dans lequel chiens et hommes se soulagent la nuit venue. Un patron de bar vêtu d’un polo qui me fait étrangement penser, et ce pour une raison inconnue, au verso d’une carte à jouer gagnée dans une station essence. Un oncle sam en bois vaguement raté, surtout le raccourci de son index qui au lieu de pointer vers nous se dirige vers son nombril. A croire que le monde tourne en rond.

Ressemble un peu à un bar chaumontais ce bar. Dans une rue lentement ascendante et pavée. Au lieu de donner sur le grand walou, comme elle l’aurait fait à Chaumont, elle donne sur un gros morceau de fleuve lui-même précédé d’une rue à trois voies.

Et du vent.

Et mon nombril. Qui tendrement s’épanouit sur un bourrelet ventral moulé dans un débardeur noir. Il transparaît sous la tension du vêtement. Je pourrais le cacher grâce à une habile contraction abdominale qui ferait de mon ventre un espace bipartite, la cicatrice (car rappelons le, le nombril est bien une cicatrice) adroitement camouflée dans un pli. Et je me regarde le nombril. Des fois je détourne les yeux pour rallumer ma roulée avec un briquet faussement moscovite. Mais j’y reviens inlassablement. C’est une bonne planque un nombril. Ça peut devenir démesurément grand quand il s’agit de s’y planquer. Que ce soit au boulot, le cul sur une chaise, dans un bain, devant une secrétaire hargneuse ou quand le reste du monde vous assaille. Une belle invention ce nombril. Surtout le mien. C’est la dolce vita un nombril. Dommage qu’il n’y ait que de la place pour moi dedans, sinon j’y organiserais bien des garden party.  

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Samedi 16 juin 2007

Après trois (rudes) années de post bac, Souen a enfin un bac + 1.

TROUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIT (ceci est le bruit d'un objet dont j'ai oublié le nom dans lequel on souffle le jour de l'an pour exprimer sa joie. Ou sinon on peut voir ça comme un kazou heureux)

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Samedi 9 juin 2007

Quand je me sens comme une sous-merde, je deviens superstitieuse (comme la plupart de nos trous-du-cul de contemporains et d'ancêtres d'ailleurs, qui au lieu de confier leur destin à une leur propre pair de couilles s'en remettent à une puissance supérieure inexistante). Dans ces cas là, dans les moments où la peur devient impuissance, j'échange un truc contre un autre avec un quelconque garry affublé d'une majuscule: une semaine sans chocolat contre un peu de chance en général. Là, j'avais besoin d'un boulot, parce qu'il faut avoir un compte en banque avec un nombre à trois chiffre dessus pour pouvoir de temps à autre se payer du thé comestible avec les spéculos assortis.

 

J'avais la trouille de ma vie et je suais comme une truie qui va de son propre gré à l'abattoir; en l'occurrence mon bourreau était un responsable des ressources humaines. Sept heures du mat', plus j'avance et plus mon auréole de transpiration s'étend, je pue littéralement la peur. Alors un pigeon à peine sortis de l’adolescence se vautre devant moi. Il tombe à un mètre de moi comme la merde de l'un de ses congénères. Le splatch est seulement plus bruyant. Son crâne est décalotté. Un oeuf à la coque avec une cervelle à la place du jaune. Je me dis qu'un majusculé a du sentir ma trouille et zigouiller un pigeon, et ce pour qu'une entreprise de sandouiches à la chaîne daigne me pomper 37h d'existence par semaine.

 

 

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Samedi 9 juin 2007

            Il semblerait que j'ai de plus en plus de difficultés à parler du monde extérieur à ma grotte sans vous faire subir les affres d'un désespoir politique profond.

 

            Je vais donc vous parler du dernier rempart de finesse qui réside en moi. Quoi de plus passionnant pour moi que de vous parler de moi, quel défi pour Souen la hyène que de tenter de communiquer sa passion raffinée pour les mugs. Oui pour les mugs. Dernière muraille à mon sens (avec les petites cuillères, ça va de soi) contre les choses pas jolies jolies qui se passent dehors. Roselyne Bachelot ministre de la jeunesse et des sports, le genre de blague carambar qu'on a envie d'éviter. Revenons en donc à nos tendres tasses. Hormis toute la dimension "pause" que contient le mug, il y a aussi l'aspect manger-sans-assiette. Le manger-sans-assiette c'est un petit morceau de liberté saisissable au moment du petit déjeuner et du goûter. Parce que dans les assiettes on y met des choux de Bruxelles, de la choucroute et des avocats. Puis on te force à les manger, parce que selon les Grands, les tout-puissants, sans ça tu mesureras 1m20 toute ta vie. Que de mauvais souvenirs de l'oppression des plus vieux. Je crois qu'une fois devenus grands, seuls les imbéciles ne sauraient engloutir sans plaisir des carrés de chocolat ou des tartines grillées tartinées de beurre fondu. Ceux qui ne connaissent pas la joie du goûter sont pauvres. Ceux qui la connaissent et l'abandonnent sont crétins.

 

            Au milieu des tartines ou autres mets délicats, chez moi il y a le mug. Il faut absolument cette grosse tasse trop imposante pour que le manger-sans-assiette soit un succès. Un mug de bonne qualité possède forcément un diamètre surdimensionné pour une faible contenance. Parce que comme ça on ne peut pas en faire le tour avec une seule main. Bien sur, on peut le saisir grâce à la poignée prévue à cet effet, ou avec un tant soit peu d'expérience, du côté opposé."Hop sans la anse!". Quelle acrobate me dis-je à moi même.

 

            Quand c'est l'heure du café de la digestion, ou du thé du soir, quand le liquide contenu est très chaud, il faut mettre les deux mains autour du mug, et les réchauffer. Un mini feu de bois liquide et digeste. L'inverse est aussi possible, avec du lait frais ou du jus qui sort du frigo. Le verre de la tasse comme un glaçon, la douleur en moins. Puis il y a l'épaisseur de la tranche du récipient qui prend la même place que chez l'essentielle petite cuillère. Sans cet objet biaisant votre relation à la nourriture ou à la boisson, ça serait un peu comme si les trois petits cochons n'étaient plus que deux; une figure manquante qui joue le rôle essentiel du révélateur. Ensuite il faut boire. Et la moitié du visage est absorbé. Plus de nez, à peine une demi bouche qui dépasse, les yeux louchant sur le fond en espérant y trouver quelque chose de l'ordre de la révélation. Juste toi, le manger-sans-assiette et le mug. Sainte trinité.

 

            Je viens de finir de manger des faux pims à 1,50 euros en buvant une tasse de thé à 90cts les 50 sachets. Mais le thé avait été versé par mes bons soins dans un magnifique mug, ode au bon goût, rouge à l'extérieur marqué d'une sublime croix blanche et  blanche à l'intérieur, marqué d'un plus discret "switzerland" rouge. Alors moi, les gens qui vont dîner au Fouquet's ils me font gentiment rigoler, parce que je suis persuadée qu'ils sont incapable de saisir toute la puissance du mug lorsqu'ils boivent dans leur tasse en porcelaine chinoise qui les terrifie tellement parce qu'ils se chient de la casser. Un mug, ça coute deux euros, on pourrait presque en bousiller un par jour.

 

            Avis à la population: c'est tout les jours mon non-anniversaire, sauf un, ça fait 364 jours où vous pourriez m'offrir des cadeaux magiques et mugesque. Mais j'en ai toujours reçu aucun. Bande d'ingrats.

 

par souen publié dans : nimp
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