Je tiens tout d’abord à remercier Starmonkey, sans qui cet épisode, oh combien palpitant de mon existence n’aurait pu avoir lieu, car, en tant que nouveau lecteur assidu de cette merveille binaire qu’est mon blog, il a bien évidemment laissé un commentaire qui déclencha tout ce qui va suivre.
Ce commentaire citait un grand manipulateur de la langue française, amateur de mots gros comme petits, que nous avions eu tout deux (Starmonkey et moi) eu le privilège de croiser dans l’année scolaire qui est en train de s’achever bien rapidement pour certains, trop lentement pour d’autres (un carambar à celui qui trouve si je suis un certain ou un autre).
Ce fut grâce à un homme remarquable (pas dans le sens qu’il méritait d’être remarqué, quoique, mais dans le sens où il se remarquait, tout simplement.) que nous croisâmes la route de cet auteur. Nous appellerons ce monsieur Monsieur Didier (le remarquable, pas l’auteur), afin de l’anonymatiser tout en le nommant, car je n’ai pas le cœur de le désigner par un simple « il », et encore moins de majusculer ce « il », ce qui donnerai Il, et qui me chagrinerai, dans le sens ou seul le Tout Puissant voit sa troisième personne majusculée. Monsieur Didier a beau être un homme remarquable, il ne mérite pas le majusculage, malgré son fascinant ramage.
Monsieur Didier était effectivement chevelu et Monsieur Didier fut l’une des rares personnes vivant depuis plus de trois ans à Tunning City (anonymons également les villes, il n’est pas question ici d’effrayer la France et les français au sujet de la Haute Marne… oups, ça m’a échappé), donc il (sans majuscule) était l’une des rares personnes à faire partie du patrimoine régional tout en ayant l’air fréquentable.
Situons le personnage si vous le voulez bien (de toute manière, vous n’avez pas le choix). Physiquement, Monsieur Didier m’est apparu pour la toute première fois comme un rugbyman éclairé : le mâle viril personnifié, tout en mâchoires et en épaules, surplombé par une magnifique toison qui n’avait pas la chance d’être d’or, qui ne m’inspirait d’ailleurs que les ciseaux, le tout sagement emballé dans un costard du goût le plus sur, cravate et chemise enfermant de manière étrangement naturelle la pomme d’adam. Au bout d’un certain nombre de cours, nous apprîmes à découvrir l’animal. Savant mélange de culture et de normalité, il connaissait tout aussi bien la bibliographie complète de Mme de Sévigné que les 45 façons les plus vulgaires d’envoyer quelqu’un se faire foutre. Effrayant parfois.
Alors vous ne serez pas étonné lorsque je vous annoncerai que l’un des premiers auteurs qu’il nous imposa fut Pierre Desproges. AH ! Enfin, on y vient! Car oui, le premier texte de ce grand homme, bien que j’ignore sa taille, vint à mes yeux et à mes oreilles grâce à Monsieur Didier !
Aux souvenirs de ce texte, et aux vues d’une fête du cinéma pas très palpitante, j’ai aujourd’hui pris l’immense et grave décision de ne pas suivre mon planning de petite cinéphile en sursis (oui Cinéma, je te conchie, trop de merde sorte de ton cul pour se loger dans mon crâne ! ) pour filer chez mon libraire et poser mon derrière devant ce cher Pierre et un café.
Après mes folles aventures avec une caissière que j’oserai prénommer Blondasse (le genre de caissière à qui on pourrait dire aussi bien « je t’emmerde » que « bonjour », seule la différence de syllabe viendrait troubler son esprit), précédé de ce que j’appellerai la quête du livre introuvable avec, cette fois-ci, un charmant employé quadragénaire, je repartais avec dans un bruyant sachet bleuté de plastique LE livre, « chroniques de la haine ordinaire », pour ceux qui ne font pas d’effort.
Je ne l’appelle pas LE livre en majuscule pour signifier sa grandeur proche du Tout Puissant. Que nenni !! Il est plus proche, beaucoup plus proche du Mal incarné et c’est maintenant que vous allez comprendre la réelle notion d’immondice éditoriale.
Nous avons tous un jour vu cela. Très répandue dans les gares et dans le rayon « biographie » de votre Fnac préférée, c’est ici que se loge l’ignominie.
Ces livres, de poche ou non, avec en couverture, non pas un traditionnelle montage d’œuvres d’arts romantiques, ou encore le dessin quelconque d’un illustre inconnu, non je vous parle de ces livres sur lesquels des éditeurs pensent avoir le bon goût de placer le faciès de l’auteur en gros plan, de préférence.
Il ne restait qu’un exemplaire du livre tant convoité. Et pas n’importe quel exemplaire. Format A5 s’il vous plait. Pierre Desproges occupant près des deux tiers de la couverture !
Je veux bien croire que le personnage fait vendre. Mais quel personnage ! Si ce pauvre garçon avait été doté d’un talent particulièrement développé de l’art de jouer avec les mot, il était bien loin d’un Brad Pit (m’en fou j’peux le dire, de toute manière il est mort.). A croire que le talent est inversement proportionnel à la beauté. Je ne parle pas de charme ou de charisme. Mais bien de beauté.
Regardez Sartres. Talentueux personnage lorsqu’il ne s’agissait pas de fabuler sur d’inintelligibles sujets philosophiques. Mais un nain strabique par ailleurs.
Mais revenons à nos immondices. Imaginez, vous lisez « mein Kampf », juste par curiosité historique. Imaginez que vous lisiez « mein Kampf » en publique. Imaginez maintenant que vous lisiez « mein Kampf » en publique, Hitler en gros plan faisant office de couverture.
La lapidation assurée.
Déjà que lorsque je vois quelqu’un s’extasier devant la biographie de Loana à une terrasse de café (bien qu’en général, ses lecteur se cachent pour mieux lire) je ne peux m’empêcher d’être prise d’une folle envie de lui coller un chewing-gum préalablement mâché dans les cheveux, je n’ose penser au jour ou je croiserai un lecteur de « la vie et l’œuvre de Gérard Depardieu ».
Je me trouvais donc dans l’obligation de maltraiter le pauvre recueil, qui n’avait rien fait pour se retrouver ainsi plié en deux, afin de cacher feu Pierre Desproges.
J’ai honte d’avoir eu honte. Faute avouée, à moitié pardonnée. Et toc, dans les dents.
Les pages du livre torturé se tournaient et se tournaient, jusqu’au fatidique moment où de manière absolument synchrone, j’arrivais au milieu de l’ouvrage (il m’était alors impossible de continuer mon action de contorsion de ce dernier, de peur de le déchirer), je finissais mon second café (et me retrouvait dans l’impossibilité financière d’en commander un troisième) tandis que mon estomac commençait à me hurler qu’il était l’heure.
Et, à l’instant précis ou je déposais mes 3,40 euros dans la main de la serveuse, un violon roumain se mit à rugir sur la place.
Morales de cette histoire :
- grâce à ton faciès peu avantageux, Pierre, tu as aujourd’hui sauvé un roumain de la mort par strangulation.
- les éditeurs eux, la mériteraient.