J'ai vécu toute ma courte vie avec en moi, une haine profonde de l'humanité que j'avais fabriquée comme une grande et que j'entretenais calmement comme un joli potiron, en espérant un jour qu'une personne se nommant Erreur vienne mettre un gros coup de pied dedans. Mais il se trouve que à vingt ans et quelques patates, un nain nommé T-avais-raison vient de l'arroser d'un engrais, ma foi fort vivifiant. A vingt ans à peine, je sais déjà que la moitié de l'humanité mérite une balle entre les deux yeux.
Quoique, le chiffre annoncé peut parraitre réducteur. Si on y réfléchit quelques instants, qu'on élargit nos critères de séléction, qu'on ouvre le moindre petit canard, ou qu'on est devant la télé un certain dimanche d'un certain moi de mai, la séléction peut s'élargir à 80% de l'humanité. Si on ajoute au lot tous ceux qui « oublient ce que sont les hommes », on en vient à un total de 98%. Mais, soyons rationnels, si je me tient à cet état de faits, il faudrait que je me tire également une balle entre les deux yeux, ce qui, vous en conviendrez, serait un obstacle majeur à mon projet de génocide. Et oui, moi aussi il m'est arrivé, un matin ou deux, de faire semblant de ne rien voir pour pouvoir tenir sur mes jambes.
Donc restons-en à une balle entre les sourcils de 80% d'éléments constitutifs de l'espèce humaine. Je ferais ça bien, le trou sera propre et net, sans trop d'éclaboussures, parce que après il faudrait nettoyer sinon. Puis j'irai avec mes gros doigts récupérer la balle, histoire de recycler; anihiler 4,5 milliards d'individus, ça demande des moyens, et étant donné que je suis bien décidée à m'en tenir au fusil de chasse il va me falloir des tonnes de munitions pour arriver à mes fins. Il faut que je fasse attention sinon je pourrai risquer une pénurie. Ca m'ennuierait. Au cas où je réussisse pas à réemployer les balles, j'en ferais quand même un grand château quelque part dans une jolie montagne, celle que je voudrait en plus, puisque j'aurais fait plein de place. No more désespoir in souen souen city.
Au cas où je n'y arriverais pas, si j'échoue face au nombre, je me ferai stériliser, comme un chat, et j'éviterai par là même d'avoir à inculquer à ma progéniture le vilain mensonge, qui les poussera eux aussi à entretenir leur potiron haineux, et qui consiste à leur faire croire que les gentils gagnent toujours à la fin. Parce que c'est entièrement faux en fait et c'est plus que douloureux, inacceptable,ou inadmissible; quand ça t'arrive dans la gueule ça te fait cracher tout tes espoirs comme de la bile, accompagné d'une crampe au ventre tellement douloureuse qu'elle va te marquer au fer rouge pour le reste de ta vie . Et le fer rouge c'est moche et indélébile.