Mercredi 30 avril 2008
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-Dis, dis Tatie Souen Souen, c’est quoi un bourreau ?
-Lis Hurlevent et tu le sauras petit.
-Et ça veux dire quoi la torture psychologique Tatie Souen Souen ?
-Lis Hurlevent et tu le sauras petit.
-Et la maltraitance dans tout ça Tatie Souen Souen ?
-Tout est dans Hurlevent petit.
-Alors Tatie Souen Souen, ça veut dire qu’il y a pas d’histoire d’amour passionnelle dans Hurlevent?
-Au contraire petit, tout vient de là.
-Mais du coup, Tatie Souen Souen, ça fait rêver Hurlevent ?
-Et bien non petit. Ta Tatie en a même fait des cauchemars.
-Alors ça veux dire que c’est pas cool Hurlevent Tatie ?
-File dans ta chambre petit con, tu comprends rien à rien et tu m’emmerdes avec tes questions.


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Lundi 28 avril 2008

    Il est 01h45 un samedi soir quelque part genre vers Lyon et dans ma maison tient. Mais avant ça on a chanté Bohemian Rapsody dans un bar et tout le monde était content, et tout le monde d’ailleurs s’en est contenté. Pas moi. Hurler des refrains ultra connus en yahourtant gaiment ne me suffit plus. J’ai envie d’une partie de jambes en l’air kusturikienne comme je n’en ai connue qu’une seule fois dans ma vie, et de me réveiller avec une migraine terrible en me demandant si les lunettes de l’alcool et de la nuit seront encore posées sur le nez de mon partenaire pour que je puisse afficher ma déchéance physique en toute quiétude. Mais ça sera pas pour ce soir. Tant pis. Je me dis que j’ai du boulot et que si je n’ai pas ma gueule de bois à combattre, ça sera toujours ça de moins à supporter. Une fille m’a dit que je ressemblais à Catherine Ringer ce soir. Je sais pas trop comment je dois le prendre alors je le prend pas. Je n’ai pris ni Janis Joplin, ni l’oncle Fétide, ni Galabru, ni Balasko, ni la fille aux tortues d’Arizona Dream. Je vois pas pourquoi ça changerait aujourd’hui.
    Sur le chemin je me dit que merde à la fin, ma jeunesse ferait une super mauvaise série télé. A quand ma révolution sexuelle ? Vu comme c’est parti, ça aura probablement lieu quelque part dans une maison de retraite. Au moins ça sera rock’n’roll pour de vrai. Je me sauve dans le bus sans dire au revoir à personne, lançant mon éternel et vide de sens « love sur vous ».  Je croise les grosses poutres qui soutiennent les façades qui ont explosées vers chez moi, puis les fondations d’un bâtiment en pleine construction. Je me demande ce que ça peut bien vouloir dire tout ça puis je réalise que c’est un questionnement beaucoup trop con pour ne pas m’être suggéré par un excès de Corona. Je remonte la fermeture éclair de ma veste, m’enroule dans un poncho et détache ma moumoute pour essayer de disparaitre, juste pour le quart d’heure de ligne droite qu’il me reste à parcourir pour atteindre mon lit.  Je hais cette ligne droite. Interminable. Et toutes les rues qu’elle croise sont parfaitement parallèles. C’est insoutenable d’exactitude. A Montpellier c’est très différent. Tout y parait aléatoire et fabriqué d’un amas de petites ruelles qui ne t’amèneront jamais au même endroit pour peu que tu y mettes du tiens.  L’angle droit ne laisse pas la place à toutes les merveilles de l’incertitude, alors je me dis que finalement New York c’est peut-être pas pour moi. J’irais en Irlande.
    Pour l’instant j’ai pas envie de rentrer chez moi parce que je sais que ma coloc’ aura emporté sa boite magique pleine de substances illicites et que j’ai pris soin de vider ma réserve d’alcool avant de sortir. Je me demande aussi à qui je vais envoyer mes sms alcoolisés en sachant pertinemment que ce n’est qu’un questionnement rhétorique, pour me faire croire à moi-même que je suis pas quelqu’un de prévisible. Surement au damoiseau qui a fait la grossière erreur d’ouvrir sa porte à mes angoisses, porte dans laquelle je me suis engouffrée avec la délicatesse d’un pachyderme dans un magasin de porcelaine. Il me reste que ça à faire de toute façon.
    Ça y est, un sms et une cigarette plus tard je suis chez moi. La teigne qui me sert d’animal de compagnie, qui passe normalement ses journées à me mépriser, me ronronne dans les pates et exprime soit de la tendresse à mon égard soit son incapacité à différencier sa maîtresse d’une croquette géante. Peut importe ma chérie, prend ce qu’on te donne et gratouille lui le menton ça lui fait plaisir. Après quelques caresses, affectueuses d’un côté et tactiques de l’autre, chacun retourne dans son panier respectif pour tenter de passer la nuit la plus longue possible. Ou d’y lire un tas de mangas. Ou d’y regarder passer les mouches.

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Samedi 26 avril 2008

Il est encore deux heures du matin alors que j’ai décidé de me coucher à minuit. Mais voilà, j’ai eu plein d’idées et de théories fumeuses sur mon avenir en tant que maman, parce que oui un jour je serais maman. Avec ou sans un homme là n’est pas (encore) la question. Vu que je serai une mère fabuleuse, ça personne n’en doute, j’ai un kilo de théories merveilleuses qui se sont encore vues augmentées ce soir par la fabuleuse découverte, au fil des liens, d’un body à crâne, parce que mon enfant n’aura pas des lapins partout. Je refuse les lapins pour mon enfant. Il n’y a rien de plus insipide qu’un lapin, sauf en civet mais c’est une autre histoire. Bref avec ce sublime imprimé crânien j’ai eu ce soir l’illumination : un berceau galion ! Oh génie créatif que je suis. Bien sur vu que je me débrouille aussi bien en sculpture qu’en vivisection je demanderai à ma môman de s’en occuper. D’ici là elle sera à la retraite et elle s’ennuiera, du coup avec un peu de chance elle aura que ça à faire. Je me renseignerai quand même d’ici là sur la période où on peut prendre son enfant pour une poupée et lui faire porter des trucs pirates sans le traumatiser. Sinon j’ai découvert un autre sublime imprimé crânien à la télé, comme quoi la lobotomie peut des fois être utile. Des fois seulement.



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A part ça, photoshope est une pute qui a découvert qu'il était cracké et du coup il veut plus marcher alors je peux pas vous faire un truc rigolo avec des smiley funky autour de ces deux accessoirs géniaux. Monde de merde quand même
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Vendredi 25 avril 2008

-une mère cancéreuse qui ramasse et stock des squelettes et autres cadavres d’animaux de toutes sortes pour en faire des œuvres
-un père photographe raté, RMIste et alcoolique
-un frère dealer qui ramenait des flingues à la maison
-une sœur qui commence toute ses journées par un pétard
-plus d’un tiers de mes amis homosexuels
-une qui a fait plusieurs tentatives de suicides suivies d’au moins autant d’internement en HP
-un transsexuel
-une punk à chien sous LSD
- une journaliste de pêche sous-marine
-une alcoolique repentie
-un clown accordéoniste

Sur ce petit résumé autobiographique particulièrement condensé et donnant un vague aperçu du répertoire psychiatrique qui m’entoure, une damoiselle que je connaissais depuis une heure en déduit alors que je devais être un être particulièrement mature et prompt à prendre du recul sur toute situation.

J’ai pas su quoi répondre sur le coup à part qu’elle se fourvoyait grandement. J’aurais du lui faire un second synopsis de mon existence vu sous un autre angle. Un truc dans ce goût :

-il y a une affiche de Tokyo Hotel encadrée dans mon entrée
-je voue un amour inconditionnel à un homme imaginaire
-j’ai arrêté des études géniales juste parce que j’estimais que j’avais pas de couilles
-je rote en public
-je suis incapable de me retenir de parler de poils à mes rencards juste pour tester la pudibonderie des gens
-je dors avec un tigre en peluche de plus d’un mètre pour tenter de pallier la solitude nocturne
-j’ai peur des pommes
-si (ou plutôt devrais-je dire comme) j’ai pas de mec d’ici mon anniversaire mes potes vont m’offrir un vibromasseur
- je donne des noms à mes objets

Voilà, juste pour dire que la maturité c’est quand même un truc très relatif et que les raccourcis c’est pas forcément ce qu’il y a de mieux même si ça m’amuse beaucoup.
Love sur vous mes enfants.

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Jeudi 24 avril 2008
...j'étais quelqu'un de très cool qui trainait avec d'autres gens très cool, qui avaient écrit au tipex blanc sur leur sac à dos "nique les conséquences", tandis que moi j'arborais fièrement, sur mon sac orange magique, cet emblème de rebellitude absolu:


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Par contre je l'ai vite enlevé parce que ça s'accroche partout quand même.
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Mercredi 23 avril 2008



    En ce moment c’est pas la grande forme olympique. Oh, c’est pas moi hein, c’est le reste du monde qui a décidé de me persécuter. Je crois qu’il a eu sa dose de brisage de glaouis et qu’il me fait le coup du renvoyage de pareille ou de retour de manivelle. Une sombre histoire de dictons dans ce goût là qui, on le sait très bien, parce que oui on est des gens perspicaces, n’est là que pour justifier l’injustifiable et faire en sorte que je puisse tolérer l’idée que mes vingt premières années d’existence ne furent en réalité qu’un ridicule petit prélude à la merde.
    Là c’est le moment où je joue de l’art de l’ellipse et fais poliment abstraction d’un second paragraphe aussi éreintant pour vous que pour moi pour passer directement à un troisième, qui s’annonce un tant soit peu jubilatoire puisqu’on y parlera d’alcool et des conséquences d’une semi-obésité négligée.
    Venons en donc à samedi soir où, comme un bon gang de minettes à peine pubères, nous nous posâmes la fatale question « bon les filles, on fait quoi ce soir ? ». Une soirée à trente bornes de nos maisons, ça promet d’être funky, d’autant plus que lorsqu’il n’y a aucune porte de sortie, il est plus facile d’essayer de s’amuser que de rentrer chez soi. Ou pas. On décolle de la ville, sapées comme des pouilleuses que le reste du monde ne peut atteindre et qui, surtout, s’en tamponnent les flumulles. On envoie la tectonique dans l’AX à l’intérieur de laquelle trois filles, trois packs et trois duvets peinent à respirer, mais on s’en fout le front de libération des bras vaincra, et comprenne cette phrase qui pourra. On arrive. Et là c’est le moment où on se sent un peu comme des grosses merdes. L’intérieur est peuplé d’une colonie de filles très bien coiffées, brushées jusqu’à la nuque, avec des franges et des barrettes naturellement, toutes quichées à leurs sac-à-main miniature dans lequel si tu rentres trois tampax je t’offre la boite tiens. Pour donner à mon cher public un étendu des préjudices que pourrait causer une relation sur le mode comparatif avec ces demoiselles, je vais vous présenter un bref portrait capillaire de notre petit groupe de pauvresses : la première ne se brosse qu’une fois par semaine, la seconde avait eu la flemme de se laver les cheveux ce matin là, la troisième s’était coiffé avec un stylo bic et la dernière ne jurait que par son éternelle couette depuis les trois dernières années.  Agripine a dit un jour « si ça se trouve on serait belle on se ferait chier ». Petite citation qui éclairera l’humble lecteur sur notre état d’esprit d’alors.
    Toutes les boissons sont disposées en rang d’oignon sur un piano à queue, et autour une tripotée de petits fours n’arrête pas d’arriver. On se fait quand même chier. Boire ne nous suffit plus. On essaye de manger aussi du coup. On clope aussi parce que bon, la clope c’est bien connu, ça donne une contenance voire une prestance de type ruée vers l’Ouest si c’est une roulée pourrie. Les seules événements cool de cette soirée furent mon décollage sur grand poney, lorsqu’un homme sûrement aussi plein de bonne intentions que de neurones osa signaler en ma présence qu’une fille ne doit pas péter parce qu’une fille c’est gracieux ; le sang de la souen alcoolisée ne fit qu’un tour et envoya l’espèce de gros débile se faire foutre. Je suis pas sûre que ça ait marché aux vues des filles non pétomanes et brushées qui me regardaient d’un drôle d’air lors de ma plaidoirie pro-flatulence et surtout anti idées reçues sur une soi-disant nature féminine. Mais bon. Puis il y a aussi le type qui tentait de séduire une belle en lui jouant des refrains approximatifs avec ses mains pleines de bières et devenues dyslexiques.  Il a eu aussi une pauvre meuf acariâtre, qui en entendant la musique aussi enchanteresse qu’une essoreuse à salade qui était diffusée, se leva et, avec un dédain absolue de teigneuse menstruée, lança en prenant la porte  « ‘tain on a même plus besoin du connard avec sa guitare qui sait jouer que Tryo pour entendre de la merde ». Ah oui c’était moi.
    Quant à mon gros cul, mon ventre flasque et moi (pour changer de sujet), on a bousillé en deux jours, un lit pliant, lattes et sommier inclus, rien qu’en dormant dessus, et une cuvette de wc en contreplaqué sans rien y faire de bien extraordinaire sinon s’y assoir.
    Je finirai ce résumé de week-end fort peu exhaustif ma foi, en signalant que j’en ai plein le cul et que cet été j’me barre voir l’Italie parce que c’est pas tout ça, mais votre hôtesse a sévèrement besoin d’air. Et en  plus j’y vais toute seule parce que personne de mon âge n’est en vacances au mois d’aout mais j’vais pas commencer à me défiler sous de fallacieux prétextes de solitude. Faut pas déconner non plus.

par souen publié dans : nimp
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Mercredi 16 avril 2008

 

 


Et c’est reparti pensa-t-elle. Encore une diatribe complaisante et imbibée de whisky sur ce putain de bon vieux temps. Et sur nous autres, pauvres âmes nées trop tard pour voir la splendeur des stones ou sniffer de la coke haut de gamme au studio 54. Nous qui avons raté presque tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. Nous on est là pensa-t-elle, assis au bord du monde, aux confins de la civilisation occidentale, désespérés au point d’être prêts à tout pour éprouver quelque chose, n’importe quoi, au point de sombrer les uns dans les autres et baiser à corps perdu en attendant la fin des temps

 


     C’est ce petit paragraphe pseudo profond, issue de mon enfoncement triste dans un canapé et capté au fil de mes errances télévisuelles, qui m’a fait réaliser quelque chose de terrible ; la sensation d’avoir loupé une époque et d’être profondément atteinte d’un insoutenable complexe générationnel. D’être passée à côté d’un moment que j’imagine  flamboyant et effervescent, sans limites, et asservi par son propre besoin d’expérimentations, d’avoir loupé la grande Adolescence de l’Histoire pour n’avoir vingt ans que dans son troisième âge. Quelques années que je fantasme comme une période où tout était permis pourvu que ce fût interdit, où comme des gamins qui prennent conscience des frontières de leur corps ils voulurent abolir celles du reste du monde, où il fallait tout essayer et tout vivre avant que cette intensité n'en  vienne à disparaître. Pour ne pas regretter de ne pas l’avoir fait et pour lever le majeur au nez de ceux qui n’ont pas osé. Un instant que je voudrait collectif et joyeux et qui ne se renouvellera pas pour ma génération, peut-être pour la prochaine, ou peut-être faudra-t-il encore attendre la suivante.
    Je suis une frustrée générationnelle qui sait qu’il existe des maladies sexuellement transmissibles, qui a regardé les conséquences de la came droit dans les yeux et qui a appris qu’il n’y avait rien de plus décevant que son prochain. Il ne reste plus que ce putain d’art pour me rappeler que du monde persiste à vouloir vivre, et que même si au final ça n’aura servi à rien, mieux vaut s’écraser la tronche sur le seuil de la vanité de son existence en essayant de lui péter les dents, que d’attendre tranquillement qu’elle te tombe sur le coin de la gueule comme un pot de fleur qui chute du huitième étage. Puis nous il reste les traces de ce putain de bon vieux temps ; il reste les cd de Led Zep et ceux des Doors en attendant l’apocalypse ou l’apparition de la prochaine légende ; il nous reste l’espoir d’engendrer le prochain Bob Dylan. Et avec un peu de chance il viendra nous voir dans nos maisons de retraite pour nous piquer notre morphine et nous enivrer de sa nerveuse existence.

par souen publié dans : nimp
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