Lundi 31 mars 2008
Aujourd’hui j’en ai marre de commencer mes histoires par aujourd’hui. En même temps je vais pas dire que c’était hier parce que aujourd’hui ne sera hier que dans huit minutes et en plus avec le changement d’heures je suis pas persuadée que dans maintenant sept minutes je sentirai que ce que j’ai à dire s’est produit hier. C’est dans ce genre de moment que je ressens tout l’inintérêt de ce que j’ai à dire. Et comme je disais hier, ou avant-hier je sais pas trop le temps est un truc trop abstrait, les trucs qui ne servent strictement à rien sont absolument essentiel. Mais bon des fois ça fait quand même un peu chier d’essayer de se persuader de ça, ça voudrait dire que ce que je suis en train de dire là c’est indispensable et c’est prétentieux. Mais là j’ai envie de me dire à moi-même « ta gueule un peu pour voir » ou de lâcher un peu du lest parce que faut arrêter d’essayer de chercher midi à quatorze heure, ou aujourd’hui hier ou de se tordre le cerveau, c’est le genre de truc qui empêche de dormir après. Un jour un micro-onde m’a empêché de dormir. Parce que je trouvais ça con qu’il n’y aie pas d’option « silencieux » sur un micro-onde pour les insomniaques qui veulent se réchauffer un truc au milieu de la nuit pour au moins faire semblant de faire quelque chose et qui finalement ne le font pas pour ne réveiller personne avec cette connasse de sonnerie de micro-onde et donc il ne font même plus semblant de faire quelque chose et du coup ils se sentent comme des merdes qui ne dorment pas et qui pensent à des micro-ondes. Non mais c’est certain, le changement d’heure je sais pas vous mais moi ça me déglingue les neurones. Ma mère me dit en substance « j’en ai rien à foutre du changement d’heure, je suis en congés pour les six prochains mois au moins, la seule chose que j’ai à penser c’est refaire mon stock de bouquins. ». Ouais, sauf qu’elle se rend pas compte que moi le changement d’heure ça me fait rêver à des trucs absurdes, genre que je suis à une terrasse de café avec tout mes amis, que je viens de me faire voler mon sac dans un bureau de tabac par un groom parce que le tabac faisait aussi hôtel et qu’il croyait bien faire le groom, mais non connard je viens juste acheter des clopes. Et à cette fameuse terrasse de café on empilait les tasses et les sous-tasses en les triant par formes et par couleurs et puis un roumain débarque et vient s’asseoir avec nous et nous demande d’être notre ami, nous on lui répond oui parce qu’on est des gens sympas et là le roumain il nous dit, mot pour mot hein, « j’espère que vous êtes pas le genre de gens à changer d’amis comme on change d’heure ». Et puis j’ai trop culpabilisé de changer d’heure du coup, parce que si t’es pas fiable au temps, à qui tu seras fiable alors ? Non mais on se rend pas compte du truc, changer d’heure ça veux quand même dire fourber le truc le moins fourbable du monde, tu modifie l’heure c’est presque provoquer le temps en duel, quasiment donner un soufflet voire un direct du gauche à la grande faucheuse moi je dis. Non mais les gens ne se rendent pas compte de l’impact des choses. Mis à par ces considération métaphysico-débiles aujourd’hui, ou hier je sais toujours pas où j’en suis, j’ai cru que j’étais Dorothée du Magicien d’Oz parce que ma maison a faillit s’envoler. A un huitième étage avec beaucoup de murs en placo, plus un vent à décorner les bœufs comme dirait maman, on dirait qu’on va s’envoler et atterrir dans un autre monde et buter une sorcière et devenir un héroïne à son insu et rencontrer des gens avec des entonnoirs sur la tête et des babouins ailés et je sais plus la suite. A part ça toujours dans le même labs de temps incertain ma maman m’a conseillé de décongeler mes steaks en allant faire un footing avec lesdits steaks calés dans les aisselles. Voilà, on est demain passé de dix-sept minutes et je crois que je vais aller dormir avant de partir dans des méandres de l’absurde à l’issue bien plus incertaine qu’une soi-disant perte d’heure.
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Vendredi 28 mars 2008

Récemment je me suis fait reprocher, pourtant par une de mes meilleures potes, de ne jamais rien dire et de jamais rien lâcher comme un vieux morceau de parpaing vert muet. Scandale, lui répons-je aussi sec ! Quand je te parle de mes décollages futurs sur mon solex magique, et vert cela va de soi, pour partir en croisade contre le méprisant, l’inerte et le con, quand je te raconte mes envies débordantes de radio réveil et quand je te soumet la passion instable qu’éveille en moi un jeu de draps imprimé de fruits que je m’imagine être une oasis au milieu de quatre murs j’ai tout dit. Parce que le reste, le désespoir, l’angoisse, la haine, la rage, l’amour débordant c’est le même qui nous fera tous crever les uns après les autres. Pas plus, pas moins. C’est beaucoup plus facile pour toi d’y avoir accès que de saisir l’effet foudroyant que me fait le mauvais papier quasi translucide sur lequel on imprime les livres à bas prix. Alors le parpaing tu peux te le mettre dans les trous de nez ou t’en servir de papier toilette si t’arrive pas à saisir l’essentiel de l’inutile. A bon entendeur, salut !

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Mercredi 26 mars 2008

Parce que je ne suis encore qu’une toute petite fille malgré mes habitudes troisièmageuses, je fais toujours n’importe quoi afin de finir le mois en demandant à ma colocataire de reculer mes échéances de remboursement de dettes. Ce matin par exemple il me restait une vingtaine d’euros afin d’arriver jusqu’en avril, ce qui est largement faisable pour peu qu’on soit un tantinet malin, qu’on se contente de patates sans mayo et de roulées sans filtres. Mais je sais pas ce que j’ai en ce moment je suis habitée par une étrange euphorie sans fondements que je ne puis partager à la fac étant donné le mépris général, qui lui est presque fondé (fondé sur un truc gratuit certes, mais fondé), que j’ai pour les étudiants. Et quand je suis en instant de crise, positive comme négative, il faut que j’achète des bouquins. Un peu comme ceux et celles qui se sentent obligé de se payer un nouveau slim quand c’est la fête du slip moi il me faut de l’aventure à moins de cinq euros, et en version de poche s’il vous plait il faut que je puisse le lire dans le bus. Je sortais des cours et là, la frénésie me choppa à la gorge. Le transsexuel à dominante violette qui serait too-much même dans le pire des dessins animés trash et assis face à moi ne me détournait pas de mon objectif. Mamie Chaplin qui pourtant courut derrière le bus à grand coup de petits pas en tenant son joli chapeau melon bleu d’une main, en balançant son sac à main assorti de l’autre, ne m’extirpa qu’un petit rire. Dix minutes plus tard, objectif atteint. Douze euros en moins sur le compte en banque de tatie souen souen qui décidément n’a aucun self-control. Et quand les contrôleurs, bande de cons, veulent me mettre une prune de cinq euros juste parce que je préfère me précipiter piquer la place assise d’une petite vieille à trouver mon portefeuille enfoui au fond de l’espèce de cabas géant qui me sert de sac, ba j’ai pas de quoi payer. Alors je dois sortir le grand jeu de la pauvre étudiante fauchée et plongée dans son caca jusqu’au cou pour pouvoir garder mes huit euros de fin de mois parce qu’en taxant un euro à la coloc’ ça fait quand même deux paquets de clopes.

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Mercredi 26 mars 2008

Ce soir j’ai gardé des petits enfants tout petits et assez chiants. Près de la panière à pain, il y avait un récipient en plastique dans lequel il y avait tout un tas de branches et des petits bouts de feuilles de salade. Je savais pas trop à quoi ça servait et je supposai qu’il s’agissait d’une nouvelle lubie des gamins donc je le laissai de côté sans m’en préoccuper outre mesure. Après la énième perte de tototte, lorsque les monstres daignèrent enfin s’endormir, je décidai, plus par ennuie que par faim, de dévaliser les placards de petits gâteaux trop bon et petits suisses en tout genre et aussi de la crème de marron tiens. Mais au moment de m’emparer du pain pour déguster ladite crème, voilàtipas que je découvre que la boite de pvc décrite plus haut servait en réalité d’abris à un putain d’escargot ! Et oui, votre hôte ne peut pas blairer les escargots, elle en a même peur et c’est franchement ridicule. Je retiens un jet de vomi, fait quelques pas en arrière, un pas en avant pour vérifier que j’ai pas rêvé, trois pas en arrière, un pas en avant pour être sûre qu’il va pas sortir et je déguerpis fissa, je vais pas provoquer la bête non plus. Je sautille un peu sur place en tirant la langue de dégoût, me frotte de partout histoire de faire tomber les éventuels autres connards d’invertébrés qui habiteraient ici et qui me seraient grimpés dessus puis je vais me terrer dans le canapé, punie à jamais d’avoir volé des yaourts à des enfants. Et puisque la punition divine n’arrive jamais seule je suis actuellement occupée à me masturber le cerveau pour trouver une manière polie de dire à mon médecin que je chie du sang.

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Mardi 25 mars 2008

Avec la coloc’ on a pris le même train pour revenir dans notre maison sans le faire exprès. Séparée par deux voitures, au final s’était plutôt cool puisqu’on est en phase de tension où l’on ne peut se piffrer que sur de courtes durées. Elle m’a refourgué le chat et je me suis demandé si c’était mes dessous de bras qui sentaient aussi mauvais, mais après plus fine analyse de l’odeur j’ai réalisé que cet abruti de matou avait pissé dans sa cage. D’abord j’ai eu pitié puis après me suis dit « bien fait ! ». Le type à côté de moi a commencé à manger des sandwichs. Moi je me suis fait violence, et peut-être pour la millionième fois en vingt et un ans d’existence je me suis dit sans grande conviction « allé un peu de discipline ma vieille tu vas faire tes devoirs. En 3h30 de train, t’as sacrément le temps de l’avancer ton Tolstoï ». J’ai pris mon courage et Anna Karénine à deux mains et je me suis plongée dans le petit monde fermé et prout-prout de la noblesse russe d’il y a deux siècles. De sombres histoires de coucheries, de campagne, de robes à rubans, de colonels et de chevaux. Palpitant quoi. Ce qui m’emmerde dans l’histoire c’est que ce type écrit divinement bien et c’est frustrant de voir un garçon pareil sombrer dans le gnangnan de la littérature sentimentale. Parce qu’il n’y a rien de plus alimenté et de plus chiant que la littérature sentimentale. Pendant que ces considérations littératuro-ennuyeuses vagabondaient dans mon cerveau mon voisin en était à son troisième sandwich. Le mec derrière moi s’est ensuite mis à ronfler et du coup tout le wagon à pouffer. Mes genoux s’engourdissaient, le train s’arrêtaient en pleine voie, pour votre sécurité veuillez ne pas descendre du train pour aller fumer une clope, cinquième sandwich du voisin. Une personne à proximité s’est mise à écouter du métal tout pourri type rébellion adolescente mièvre et assez nerveuse pour en faire profiter un large périmètre alentour dont je fait malheureusement partie. On s’envoie quelque textos avec coloc’ pour se dire qu’on est entouré de cons, j’avance tout doucement voire à reculons Tolstoï, 3h50 et 100 pages plus tard arrivée en gare de Lyon Part-Dieu. Le voisin s’est enfilé en tout et pour tout sept sandwichs.

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Mercredi 19 mars 2008

    A cinq heure trente du matin je me suis réveillée en travers de mon lit avec la tête qui pendait lamentablement vers le sol, les bras en croix, dans le style général particulièrement glamour du vieux cadavre prêt à être autopsié par un expert miami. Le pauvre macchabée qui me servait de corps à ce moment précis avait de surcroit l’affreuse impression que le désert du Sahara en avait marre des changements climatiques et avait élu domicile dans sa gorge. Un vieux râle s’échappa de ma bouche, et la douleur râpeuse qu’il engendra me poussa à tenter de respirer par le nez le temps de saliver un peu mais oh surprise c’était (et c’est encore) bouché de ce côté-là, et vas y que je commençais à m’étouffer et  que je me demandais ou c’est qu’il y a de l’eau pas trop loin mais le temps de trouver la solution je me suis rendormie. Un mélange de flemme, de fatigue physique et psychologique me pousse à faire semblant de ne pas entendre mon réveil à huit heures mais je suis obligée de m’extraire de chez moi à un moment parce que j’ai des livres à rendre à la bibliothèque. Sur la route j’achète de quoi refaire mon stock automédicatif ainsi que celui de la colloc’ qui est dans un état encore plus lamentable que moi, vu qu’elle n’est sortie de sa chambre que pour mieux se rendormir dans le canapé, puis se rerendormir dans sa chambre avec la fièvre qui te pousse à prendre un air de gros débile compatissant quand tu la regardes avec ses petits yeux de créature maladoune. Après j’avais promis à un copain qu’on irait au ciné et je pouvais pas annuler parce qu’il a plus de portable alors que je serais bien restée sous un plaid en compagnie de mes trous de nez inefficaces. Mais bon j’y vais quand même ça fera du bien peut-être pas à la gorge mais au moins au moral. Quand il arrive je lui saute dessus pour lui dire bonjour telle la chouette créature de compagnie très démonstrative à ses heures et dans mon émoi j’en perds mon paquet de clope sur lequel j’en avais fumé que deux donc j’ai grave les glandes qui se greffent sur mes ganglions surdimensionnés. Toutes les séances sont complètes sauf celles pour les navets que personne ne veut voir donc on se retrouve dans une salle pour regarder un film dont tout le monde se fout, mais au final payer 3.5€ pour voir des australopithèques  se faire attaquer par des autruches de l’enfer tout ça pour finir jardinier ça vaut le coup.

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Mardi 18 mars 2008
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Pour une fois qu'une quatrième de couverture n'est pas la simple et maladroite condensation du livre qu'il est censé résumé, je vous laisse la savourer, ferme ma grande gueule et vous invite vivement à plonger vos petits yeux dans cette oeuvre que je ne saurais qualifier sans la réduire donc je met un point final.
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