Samedi 31 mars 2007

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par souen publié dans : nimp
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Jeudi 15 mars 2007
La dernière fois, en cours, on nous a montré Malevitch. Je n’ai jamais compris ce carré noir sur fond blanc et ce carré blanc sur fond blanc. Juste la sensation, au moment où je les ai découverts qu’il y avait quelque chose à faire, que dans cette insolente et intolérable simplicité, il y avait quelque chose de l’ordre du coup de batte baseball en plein sur la nuque. Puis une prof, qui s’amuse à cataloguer, à lister, à nous fabriquer en direct un chapelet de saucisse constitué de ce-qui-fait-que-c-est-une-œuvre, nous a projeté sur grand écran une immonde photo floue de l’œuvre la plus paradoxale que je connaisse. Vouant une admiration quasi aveugle aux vrais rebelles de la société morts, je me trouve transportée par le propos révolutionnaire de ce monsieur qui parvient à mes oreilles via une prof insipide. Le problème c’est que je ne suis toujours pas fixée : Malevitch est-il la plus grande escroquerie du siècle dernier du point de vue de la masturbation intellectuelle ou est-il simplement un génie (j’adore combiner ces deux mots soit dit en passant) ?
Alors j’ai décidé qu’un jour, j’irai à New York voir en vrai ce foutu carré blanc sur fond blanc, et si j’en viens à la conclusion que Malevitch ça vaut le coup je décréterais alors que le reste aussi en vaut la peine.
par souen publié dans : nimp
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Jeudi 1 mars 2007
    En ce moment c’est la déchéance. La léguminosité totale devant jeux vidéos. Mais quand j’arrête ma partie il manque la béatitude niaise tirée de la satisfaction d’avoir brisé l’épée maudite. Reste l’apathie.
    Alors il faut employer une technique de vieux sioux pour me sortir de ce bourbier. Aller dans une librairie et trouver des bouquins. Pour de suite ou pour plus tard, mais des bouquins que on sait que on va les lires un jour. Il suffit de les avoir, pour qu’à l’heure H où le cerveau te dit « je veux lire un livre comme ça » il y ait un livre comme ça à la maison.
    Et puis il y a aussi le moment où on sait exactement ce qu’on veux lire sans savoir ce que c’est. J’ai eu cette sensation tout à l’heure. Je fumais tranquillement ma vieille roulée quelque part dans la fac puis l’intuition que je devais lire un livre comme ça s’est imposée à moi.
    Je suis donc allée à la librair’u. Un nom ridicule pour désigner la librairie miniature universitaire. Mais il y a des gens chouettes dedans. Un vieux monsieur ridé qui doit trop fumer de cigarettes (même si je l’imagine mieux avec des cigarillos) et qui a la voix de Jeanne Moreau, à quelque chose près qu’elle est plus guillerette sa voix à lui. Il y a un plus jeune à la chevelure anarchiste et touffue prenant pourtant tout à fait naturellement un air de brushing de drôle de dame ; lui il porte les bouquins de la camionnette à  la petite boutique pendant que l’autre joue à la caissière.
    J’entre et je prends mon air paumé de la fille indécise devant un rayon unique qui paraît pourtant tellement impressionnant. J’attends trois minutes en feuilletant des livres et en les reposant avec délicatesse et perplexité, espérant un « je peux vous aider ? ». Il arrive. C’est le chevelu qui vient à moi. L’autre semble beaucoup s’amuser sur sa chaise qui tourne. Je m’explique. Je veux un livre comme ça. Dix secondes de réflexion des deux hommes. Romain Gary qu’ils disent, suivi du nom d’un roman qui m’échappe. « Ah oui mais on l’a pas. » « Oui mais je viens d’en lire un et j’aime pas lire le même auteur deux fois de suite. Pas envie d’être déçue vous comprenez. » « Celui-là vous pouvez pas être déçue. » Je souris et je prends note.
    Le jeune arpente son seul rayon et l’autre frotte son menton, songeur. Un autre nom fuse et j’ai à peine le temps d’émettre un point d’interrogation qu’il a dégainé un bouquin et me le tend. Je tâte la texture de la feuille, soupèse, tourne et retourne l’ouvrage, comme s’il allait me révéler quelque chose de vital. Rien. Je ne lis pas le résumé, le résumé ça gâche. Je pose deux trois question histoire de vérifier que c’est bien lui. Unanimité totale. Majorité absolue. Je ne peux lutter. « D’accord je le prend. » Je demande un paquet d’enveloppes pendant que le vieux fumeur fait tourner les pages du livre à grande vitesse comme pour l’épousseter. « Vous m’en direz des nouvelles. »
    Celui qui me sauvera la vie cette semaine sera donc Italo Calvino. Merci Italo.
par souen publié dans : nimp
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