Lundi 17 mars 2008

    Là franchement je vous aurais bien raconté mon week-end tout en Lozère, en cité U, en alcool, en fondue au chocolat, en hématomes aux origines douteuses, en maquillage putassier, en surprises et en vieux potes, en vieux potes qui te connaissent comme s’ils t’avaient fait et que c’est souvent malgré toi et que ça se finit en crise de larme hystérique mélangeant morve et déclaration d’amour, ou en pote un peu lointain qui te permettent de voler l’hôpital public pour te faire des costumes d’halloween mais là c’est l’heure du gouter alors je vais juste contenter votre soif de je-ne-sais-quoi parce que des fois je sais pas trop ce que vous foutez là quand même, en vous montrant mon nouveau costume un tantinet provoc’ facile, qui me servira à suivre les JO de chez moi mais directement importé de Chine par mon grand frère béni-soit-il. Puis les tibétains on s'en branle, ils avaient qu'à passer à la télé hein.

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Mercredi 12 mars 2008

    Aujourd’hui ça aurait du être une journée de merde. Debout avec trois heures de retard, j’ai loupé mes deux premiers cours de la journée. En même temps je n’y suis jamais allée qu’avec l’entrain d’une musaraigne neurasthénique donc la culpabilité n’en est pas à son comble. Je décide de me faire couler un café histoire de me faire émerger un peu puisque je viens de me faire virer de ma propre salle de bains. Et je déteste me faire virer de ma salle de bains. Alors je suis colère et je suis vengeance. Mais j’essaye de relativiser, je me dis que c’est mon mauvais poil du matin, que mon courroux est proportionnel à ma toute matinale absence de conscience du monde qui m’entoure.
    Revenons au sujet qui nous occupe : qui dit café, dit clope. Seulement dans la déficience budgétaire du début de ce mois de mars, due en grande partie à un retard de remise de chèque de loyer mais passons, je me vois forcée d’attaquer mon pot de tabac de secours, à savoir une accumulation de fin de paquets de roulées, soit des miettes d’une densité proche de celle de la poussière. Les fumeurs de roulées comprendront mon désarroi, les autres qu’ils arrêtent de se plaindre (oui, y a pas de quoi pleurer juste parce qu’on sent pas le cendrier). Bref je fume de la merde depuis une semaine et je taxe des feuilles depuis deux. Et là impossible de mettre la main sur mon petit pécule, à savoir un paquet de OCB laborieusement gagné. Je lance un ou deux objets, portable, clavier et autres membre de la conspiration qui m’oppresse, en travers de la pièce, retourne trois canapés et enfin trouve une feuille qui ne colle même plus mais qui fera bien l’affaire.
    J’arrive finalement à m’en tirer et sort de chez moi avec une rage parfaitement gratuite et irrationnelle logée au creux de mon généreux estomac. J’ai pas envie d’aller en cours. Pas envie de me retrouver pendant une heure trente à écouter des gens, que je ne connais même pas et pour qui je ne ferais donc pas un effort d’attention, me raconter de manière toute estudiantine, donc lourde, tel ou tel bâtiment chiant d’un siècle hyperhygiéniste. Pas envie de me retrouver l’heure suivante à écouter comment Perrault est affreusement misogyne, parce que  c’est pas comme si le monde entier était misogyne à cette époque mais bon…
    Finalement je me retrouve face à deux type qui présentent les halles de Paris comme au club téléachat, deux nénettes qui racontent comment les expositions universelles c’est comme l’Eurovision, et le prof rajoute par-dessus ça que le type qui a instaurée l’usage de la poubelle s’appelait Poubelle.  Alors je me marre bien même si je le fais toute seule. Puis je me retrouve à me rentrer chez moi sous la flotte mais ce matin j’ai été maline, et avec trois paires de chaussettes je n’ai peur de rien ni personne. Surtout pas de la pluie. Coup de fil, je reste vingt minutes sous ce temps de chiotte scotchée sur mon portable. Puis j’essaye de le ranger. Impossible de bouger le bras. Le pli du coude a du rouiller en vingt minutes seulement. Je me fou bien de ma gueule parce que quand même il faut le faire. Il tarde à retrouver sa mobilité d’entant du coup j’ai quand même l’air con dans le bus et je feins d’être appuyée sur la vitre pour que tout ça aie l’air un peu naturel entre deux grimaces de douleur. Le bras retourne à la vie à un rythme très souenien de sorte que j’ai à peine le temps de m’en remettre avant de partir pour un babysitting sauvage. J’en reviens quelque peu troublée, constatant que les vrais pirates, eux, avec une jambe de bois ils trouvaient des trésors tout en savatant l’armée alors que moi, à peine un bras en moins, je me fais tataner  par des nains qui portent encore des couches.  

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Dimanche 9 mars 2008

    Ce matin je me suis levée à 13h. A cette heure ci, j’avais déjà deux appels en absence sur mon portable. Je l’avais volontairement abandonné au salon la veille, histoire de ne pas avoir à me dépatouiller avec des réclamations d’explications quant à mon humeur du moment trop tôt dans la journée.   
    Le premier à avoir tenté de me joindre c’était Doki. Je l’avais vaguement appelé au secours la veille, parfaitement consciente qu’il ne serait pas joignable, sachant qu’il est toujours plus facile de ne pas confronter sa vieille morosité plus ou moins pathétique à un type qui voit des macchabées tous les jours. Le second appel venait d’un ami à qui j’avais annoncé mon état mental en lui expliquant qu’il n’y avait que deux remèdes possibles. Qu’il me trouve un sombre inconnu dans les bras duquel me vautrer une nuit histoire de me sentir un tant soit peu vivante ou bien partir pour une grande mission, à savoir me dégotter un radioréveil vert qui aurait un style rétro. La première solution lui apparaissant tout à fait légitime mais parfaitement inappropriée il me téléphonait donc pour savoir à quelle heure on se retrouvait pour accomplir l’irrationnelle mission du réveil vert.
    Tout en cherchant l’introuvable et encore à cette heure introuvé, but de notre samedi nous discutions des trucs pas cool de la vie en faisant de l’humour noir dessus. Il me racontait comment sa tatie récemment inhumée avait été maquillée de manière absolument atroce par des embaumeurs de sorte qu’il eut à faire ses adieux à une tatie au teint kaki. Je lui expliquais comment ma maman avait eu une vie pas très sympa avec elle et que j’aurais cru qu’elle aurait eu sa dose ma visiblement la schkoumoune c’est un truc qui reste. On a donc rebaptisé la journée de la femme en  «la fabuleuse journée de la tatie kaki et de la mère cancer » et puis au final on s’est bien marrés même si c’est pas censé être drôle mais moi j’ai le droit de faire des blagues de mauvais goût sur ma mère. Si vous croyez qu’elle elle se gêne vous vous fourrez le doigt dans l’œil cher lectorat.
    Par ailleurs je tiens à signaler que le réveil de mes rêves n’existe pas. En fait si, il existe mais il ne fait pas radio et le matin c’est le seul moment où j’essaye de faire mon devoir de citoyenne en écoutant les informations. Donc si vous connaissez ce radio réveil qui fut créé pour ma petite personne je vous serais gré de bien vouloir me faire parvenir l’information. Frustrée par l’échec de ma quête j’ai tout de même réussi à me faire offrir ce superbe cabas que je trouve ma foi fort joli.

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Samedi 8 mars 2008

    Puisqu’on ne parlera jamais assez des choses inutiles, je tenais aujourd’hui à vous raconter cette petite cuillère qui su prévoir dès ma plus tendre enfance, celle de mon frère et ma sœur par la même occasion, ma passion à venir pour le discret superflu d’une surcharge d’ustensiles de cuisine. Les mugs et les cuillères en particulier. Peu m’importe de faire cuire un steak dans une poêle qui accroche. Mais remuer mon café avec une cuillère et dans un mug qui n’auraient ni consistance ni histoire me chagrine toujours.   
    J’ai nommée la cuillère du jour Lulu, pour la différencier par sa simplicité de la cuillère Lydie (aucun rapport avec la tienne Doki) qui fut volée en Suisse par pure vengeance vis-à-vis des tarifs en vigueur dans ce bien triste pays. Lulu est une cuillère qui est depuis fort longtemps dans le clan hermétique que forme à mon grand plaisir ma famille proche. Lulu a connu les combats acharnés, quasi fratricides, pour savoir qui allait déguster son yaourt avec elle. Lulu nous a servi à manger nos premiers Chocapic dans un bol d’un rose absolument infect, donc d’autant plus apprécié. Lulu est vieille et Lulu a morflé, mais Lulu, tel le dernier poilus, a survécu et fut retrouvé récemment au fond d’un tiroir. A la manière du vieux bout de bois qui fait des fois bloup-bloup à la surface du Loch Ness et qui rappelle un vieux dinosaure aux badauds, Lulu fit remonter tout plein de souvenir d’enfance qui comme chacun sait, ont tendance à se terrer quelque part au font et à jamais remonter. Je m’étonne alors de touiller mon café grâce à elle avec qui je touillai jadis et naguère les céréales dont je répugne aujourd’hui.

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Merci Lulu.

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Jeudi 6 mars 2008

Je ris : voici les mots clés qui permettent l’accès à ce blog dont j’ignorais jusqu’à lors toute la richesse thématique :

-bar de travestis
-PANTALON BLANC STRING
-if the devil made whisky
-fantasme soquettes
-anti anxiolitique
-mes couilles sur ton front dunkerque
-wok n wall
-histoires pour les petit enfants
-socquettes sale
-voyeur founes
-histoire de gars qui pisse dans la gueule d'une meuf


Les gens sont assez magiques je trouve.

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Lundi 3 mars 2008

    Midi. Mon portable sonne et m’extrait de manière vindicative et autoritaire de mon lit. C’est la fille avec qui je fais mon exposé. J’hésite à décrocher, j’ai pas envie de me faire engueuler ou qu’on me parle de « plans », « problématiques » et autre jargon universitaire chiant alors que j’ai pas encore fait mon pipi du matin. Mais j’ai une conscience qui est omniprésente même lorsque je ne suis pas caféinée et du coup j’appuie sur le fatal bouton vers et prononce le tout aussi inévitable « allo » qui ressemble plus au râle d’un animal sortant de sa grotte qu’à un bruit humain.

- Allo ? J’te réveil ?
-Non du tout.
(oh le vilain mensonge)
- J’t’appelle pour te dire que ça serait cool que tu viennes le plus vite possible à la maison (rho nan putain, j’ai pas envie de me stresser et de pas boire de café et en plus il faut que je réveille Marina qui dort à côté pour la virer de chez moi et en plus je suis fatiguée pitiééé noooon pas de stress et de commandement de la part de la binôme dynamique... Oui je geins beaucoup le matin) parce que j’ai un copain qui va passer bientôt pour qu’on aille tous à la campagne prendre le soleil.

    Là je bas mon record de vélocité du matin, en dix seconde les tartines sont en train de griller, le café de couler, la table dressée pour qu’après cet instant de petit déjeuner magique pour mon invitée je puisse la sortir de chez moi à coup de pieds au derrière sans culpabiliser de ma mauvaise conduite.   
    J’te raconte même pas le métro, comment ma squatteuse a été lourde avec ses problèmes existentiels de jeunette qui découvre la vie, comment le fric ça compte enfin pas tout de suite non plus parce que c’est son père qui lui paye son appart’, mon dieu qu’est ce que je vais faire de ma vie, putain chérie il est tôt tu veux pas la fermer je vais passer un dimanche dominical à la campagne, qui a justement la vertu de faire tout oublier les problème de nos petits quotidiens et là tu m’aides franchement pas.
    Arrivée chez la binôme. Au menu : café et brésiliens qui jouent du djembé et de la guitare en attendant notre chauffeur. Pendant ce temps nous deux on parle de l’asile d’aliénés qu’on étudie et on entend les zikos se marrer comme des bossus derrière. Une heure plus tard, bien la peine de m’alarmer en me disant de me dépêcher donc, on prend la route coincés à cinq dans une AX mais on s’en fou on va à la campagne et en plus on prend l’autoroute du soleil pour y aller. Deux zigotos dans des transats nous attendent au bord de la route et c’est parti on va coloniser un champ pour l’après midi. Et pendant que le sosie de Bertrand Cantat joue du Brel un petit miracle se produit. Au lieu de naturellement se dorer la pilule en profitant de l’étrange synthèse entre silence des routes et puissance de la voix de Bertrand, de la guitare et du triangle (oui, oui un triangle) et bien on travaille figurez vous. Et on est drôlement efficaces en plus. Sur le chemin du retour on s’arrête boire un petit coup de rouge qui tache et c’est reparti pour la ville et son bruit infernal qui est quand même, surtout pour une misérable citadine comme moi, terriblement rassurant.

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Samedi 1 mars 2008

En ce moment je bosse sur l'histoire de la folie, un  travail particulièrement réjouissant, surtout lorsqu’on tombe sur ce genre de petit bijou : un registre d’asile du XIXème siècle. Régalez vous mes enfants :

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Ma préférence va à la « lecture de romans » et aux « excès de joie ».

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n'importe quand

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